(1972, France) lives and works in Brussels
Graduate of the École supérieure des Beaux-Arts d’Angers and ENSAV La Cambre.
Her early works took the form of ephemeral site-specific installations, radically transforming space. This relationship to scale and vastness, rooted in the seascapes of her childhood, continues today through a painting practice in which matter is set in motion, subjected to gravity, and allowed to unfold beyond control.
Démarche artistique
Les oeuvres d’Aurore Scotet opèrent dans des zones de basculement radical : la matière y perd sa stabilité, se désagrège, éclabousse, se liquéfie, refuse toute fixité. Que ce soit dans l’installation ou la peinture, ce qui s’y donne à voir n’est pas une image, mais une énergie brute : celle du geste, de l’action et de la métamorphose irréversible de la matière.
Ses premières interventions, les installations in situ éphémères, s’apparentent à des actes d’envahissement de l’espace. Elles placent en tension directe la gravité, le temps et les changements d’état : un arbre retourné “cul par-dessus tête” au milieu d’une prairie, de la cire fondant sur une table en feu, une armoire écrasée sous une roche. Ces gestes oscillent entre discrétion presque contemplative (fondre, couler, répandre) et brutalité (écraser, brûler, briser). Tous engagent des processus irréversibles, où la matière échappe définitivement au contrôle pour se soumettre à la loi implacable de la chute et du temps. On y lit une forme de vanitas contemporaine, non plus symbolique, mais littérale : la destruction physique comme horizon inéluctable.
Depuis 2020, cette confrontation physique au réel se prolonge et se condense dans la peinture. Après la réalisation de plusieurs fresques murales, la peinture s’affirme comme immersive et abstraite. La matière (pigments, médiums liquides) est projetée, jetée, lâchée en prise directe avec la gravité et la paroi. Elle dégouline, s’écrase, tache, déborde, envahit le support et le dépasse parfois. La vitesse d’exécution, les accidents, les zones de perte de contrôle assumée ne sont plus des défauts : ils constituent le coeur même de l’oeuvre. La matière prend le relais, guidée par ses lois propres (gravité, fluidité), l’artiste n’exerce plus un contrôle permanent, mais accepte de se laisser guider par une dynamique entropique, celle de la gravité, de l’écoulement incontrôlable, de la dispersion irréversible.
Dans ce travail, la matière agit, elle devient événement. Ici, la surface n’ouvre sur aucun récit, pas d’image, pas de symbole. Juste la matière, son poids, sa chute, l’artiste expose la présence brute et contingente du faire. On pourrait y voir un écho aux gestualités d’après-guerre (Pollock, mais aussi les actions plus destructives de Gutai ou les expérimentations matérielles de Burri), revisitées aujourd’hui dans une économie post-atelier, où
le geste se fait à la fois archaïque et contemporain. Archaïque par son immédiateté physique, contemporain par une conscience aiguë de la fragilité des choses.
En somme, chez Aurore Scotet, peinture et installation, ne sont pas deux pratiques séparées, mais les deux faces d’un même désir : faire advenir la matière comme sujet actif, faire de la peinture un reste d’action plutôt qu’une image et rappeler que l’art, aujourd’hui, peut encore consister à laisser tomber, littéralement, ce qui prétend se tenir debout.